“Tes pensées, je les faisais miennes…” *

* La Nuit Je Mens (Fauque-Bashung/Les Valentins-Bashung) in Fantaisie Militaire.

* La Nuit Je Mens (Fauque-Bashung/Les Valentins-Bashung) in Fantaisie Militaire.

Ce mardi-là, il était 20h30, je suis sortie pour téléphoner. L’escalier à descendre, troisième marche et tout bascule, c’est la chute, mon bras gauche se plie sous mon corps, j’entend l’os qui se brise, je dis : c’est grave, aidez-moi, vite. Mes collègues arrivent, mon bras est incontrôlable, tout souple, pourtant l’épaule ça va. On me soutient pour rentrer à l’intérieur du bâtiment. Assise sur un canapé, je pense à mes vacances qui commencent demain. Les pompiers vont arriver, qu’ils se dépêchent, c’est long, la douleur est là mais supportable ça m’étonne. Trop longs à venir, qu’est-ce qu’ils font ces pompiers ? A. me dit : Ils arrivent et on a prévenu chez toi. C’est pas vrai, j’attend trop ! (en réalité, ils sont venus en moins de 10 minutes). Je regarde le pompier droit dans les yeux, il me parle beaucoup, mon bras est dans une attelle gonflable : dix minutes et on sera à l’hôpital, c’est rien vous inquiétez pas dans deux jours vous êtes sur pied et en vacances. Il me pose plein de questions, mon nom-où j’habite-quel est mon métier-si j’ai des enfants-où je vais en vacances. Maintenant je tremble, il me dit c’est à cause de l’adrénaline. Après, c’est l’hôpital, l’urgence se met en place, médecin, infirmières, brancardiers, tout ce monde s’affaire autour de moi, découpage de mon pull, attention à mon bras, dépêchez-vous j’ai mal. Trois personnes me tiennent le bras, radios. Ensuite on me plaque un masque sur le visage, respirez à fond. A fond oui, c’est super j’entend de la musique, c’est quoi cette fiesta, l’infirmière me répond allez respirez, oui merci super je me sens bien elle est où cette fête ? Mon bras gauche est installé dans une attelle plâtrée, même pas mal pendant ce temps ! Raaah ! plus de masque j’ai quitté la fête, je suis à l’hôpital, c’est vrai. J’ai encore mon téléphone j envoie un sms à J. On m’emmène dans une chambre. Un médecin vient me voir, me montre une radio, fracture du radius au poignet, pas trop grave mais le coude, alors là c’est beaucoup plus compliqué, éclaté, on me garde ici, aucune place disponible à Paris, je serai opérée demain, en attendant on me pose une perfusion de morphine… j’ai mal, tellement mal je n’arrive pas à dormir.
L’opération aura duré 2h45. Le chirurgien me dit qu’il a "recollé" tous les morceaux, un bon montage, broches-vis-plaques, les radios post op sont très bonnes. Six jours d’hospitalisation dans ce service de chirurgie orthopédique où je suis la plus "jeune" patiente. Les douleurs s’atténuent, redoublent parfois, je n’ai pas de plâtre, seulement une écharpe carapace matelassée et une attelle pour le poignet. Rentrée à la maison depuis 10 jours, avec un arrêt de travail de 2 mois minimum, une infirmière vient changer mes pansemements tous les 2 jours. Ce matin, elle m’a enlevé presque toutes les agrafes, sauf 5, j’ai failli tomber dans les pommes.
Gymnastique de la main gauche plusieurs fois par jour : pianoter, faire bouger tous les doigts, serrer un stylo entre le pouce et l’index.
Ça va (aller) !

Je suis revenue.
Loin des blogs pendant tout ce temps, plongée dans la vie, la crise et l’amour, oui, dans cet amour étrange de toi, my bodyguard, si proche, toujours enfui dans le monde secret et toujours revenu aux petits matins, avec le corps pressé par l’urgence à donner cette empreinte qui m’accroche à toi.
OK ! maintenant, je négocie, je lutte, je tranche, j’achète. Plein SUD.

(…) Le dernier train s’est arrêté au dernier quai. Et personne
Pour sauver les roses. Nulle colombe pour se poser sur une femme en chair de parole.
Le temps s’est achevé. Le poème ne peut guère plus que ce que l’écume a pu. (…)
Extrait de Plus rares sont les roses de Mahmoud Darwish.
Mort samedi 9 août 2008.
Une grande voix (on disait même une grande gueule, mais ça c’était quand on était jeunes et militants) qui se tait pour toujours.

Après la note précédente, il me fallait, il faut même encore que je prenne le temps pour respirer ailleurs, que je pense que je sorte cette chose… comment écrire à nouveau ici avec légèreté des mots de tous les jours, mon humeur à la minute, yeeesss ok je vis à Paris, dans le pays où les mouvements de grèves passent complètement inaperçus, j’ai un boulot "intéressant" et rémunéré (pas assez mais bon…), je cache mes yeux derrière les lunettes noires assise à la terrasse du Séquoïa en vacances quelques jours au soleil avec l’homme qui bataille au fond des mers, toujours craquant, à contempler-à toucher, comment raconter mes petits tracas, mince il a plu aujourd’hui, oui Paris-Plage cette année encore ? comment dire mon petit confort à me regarder le nombril tout va bien, la vie est pourtant si fragile, monstrueuse, l’homme est un loup pour l’homme, les puissants piétinent les faibles, on nous apprend à être gentil ou méchant c’est pas pareil, il faut être léger, futile, rire aux plaisanteries, aux bons mots, pourtant le pire pourrait arriver ?
Alors, dans le bassin d’eau de mer, j’ai nagé sous l’eau j’entendais le bruit des pompes, le sel piquait les yeux, alors j’ai mis les lunettes de piscine. J. a fait quelques plongeons "artistiques", puis du crawl. Il s’est collé contre moi et il m’a dit : "Essaie d’oublier…". Je m’applique à essayer.

Ce jour-là, je pars à la plage, par le bus.
Sans toi, parti en entraînement quelque part au fond de l’eau à 30 mètres.
Assis derrière moi, un homme raconte à son voisin quelque chose. Des mots ordinaires qui arrivent à mon cerveau et rapidement développent leur horreur, implacable comme un scalpel.
"Ils sont tombés sur un faux barrage… tous armés… les ont fait sortir tous les trois de la voiture, celui qui écoutait une cassette ils lui ont fait manger la bande jusqu’à ce qu’il s’étouffe, il est mort étouffé… à l’autre ils ont retiré ses baskets, lui ont tiré dans les jambes puis l’ont égorgé… l’autre, mon cousin, il a eu de la chance, il est pas mort, mais ils lui ont dit : Mange mange tout. Alors il a avalé tout le maquillage, les rouges à lèvres, qu’il avait dans son sac, le maquillage c’était un cadeau pour sa soeur… Mon cousin a survécu, emmené à l’hopital par les militaires… lavage d’estomac… C’est terrible, c’est pas bien de faire des choses pareilles. Je ne retournerai jamais là-bas, c’est des barbares…"
Celui qui raconte porte des tatouages sur les avant-bras, une belle petite gueule de malfrat, ses yeux noirs brillent.
Le bus est bondé, il fait très chaud, tout va bien. Ici c’est presque les vacances, J. me rejoint ce soir et puis, non ! je ne dois/vais pas pleurer. il faut seulement que je me concentre pour respirer, calmement.

Je l’affirme haut et fort : non !!! non, je n’ai pas abusé des campari orange !

Je repars là-bas, parce que là-bas c’est déjà le Sud… je fais attention à ne pas emmener le gris avec moi. Tout à l’heure, je ne compterai pas les jours, seulement les heures qui me séparent de toi. Fais-moi oublier cette colère qui m’assaille en ce moment. Que je te retrouve sur le quai, d’abord le regard, le mouvement et les mots suivront, alors on parlera de nos vies séparées, juste un peu. Parce qu’ensuite, le coeur, le corps, le cerveau droit-gauche, la mécanique humaine c’est tellement bien. Je prend et je reprend, j’adore et tu aimes ça…

Voilà que plusieurs voisins de blogs ont migré sur face de book ! 
Pour leur rendre visite, il faut passer montrer patte blanche : c’est-à-dire s’inscrire ! ok les amis c’est fait mais holà
dans quoi ai-je mis les orteils ? Déjà que j’ai pas trop le temps d’entretenir les herbes folles de ce blog !!!
Mais je suis ici, toujours.

On aurait pu se répéter qu’il n’y a pas que le …. dans notre vie, que oui, tu y penses… ce truc qu’on a dans le coeur, toutes ces choses qu’on sent là… indicibles et puis tu sais… mais là FORCÉMENT c’est/c’était intenable, alors : Banzaï !!!!!! Trop bien ! (mais j’aime pas ton t-shirt)

Les vacances sont finies,
rentrée à Paris et ça bosse !
Maintenant je vais attendre quelques jours (ou semaines j’espère pas) que tu reviennes de cet endroit inhospitalier, sain et sauf et bronzé (partout ?), s’il te plaît !

Eh oui, j’ai failli succomber à la tentation… mais après réflexion, je préfère celui-là.

Retour de vacances et de vacances de blog : clac, clic-clic, clac, clac, clic-clic, clac, damned :
iMac en panne… Après un court séjour payant ! chez le réparateur : "Je vous ai changé le disque dur etc…" il refonctionne.
Vous savez quoi : pas grave d’être privée de blog d’ordi de msn de gogole ! Parce qu’il me parle tout bas dans la messagerie, qu’il m’envoie des sms, des mms et des mots d’ailleurs…

Photo (Alpes du Sud), tombée le 7.02.2008 à 13h30 sur mon téléphone.
Elle dit : "… toute la vie, on a peur, on a peur pour les enfants, pour le travail, pour le mari, pour la maison, on a peur pour sa santé, on a toujours peur…
Elle est assise en face de moi, âge 75-80 ans ?, elle a plié son manteau de fourrure sur ses genoux, elle parle, lentement, avec un accent, russe ? à sa voisine proche et jette ensuite un regard sur toute la salle silencieuse.
Le service d’ophtalmologie est une ruche, patients et médecins en circulation, un désordre efficace et attentionné.
Au bout d’une heure, c’est mon tour. Flashs, rayons lumineux, regarder droit devant, produit qui pique dans les yeux et hop : examen réussi, RAS.
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